La recherche-action : penser en agissant, agir en pensant
Une méthode qui ne cherche pas seulement à savoir ce qui est, mais à imaginer ce qui pourrait être, avec ceux qui y vivent.
1. Qu’est-ce que la recherche-action ?
La recherche-action est une méthode de production de connaissances qui s’appuie sur l’engagement dans l’action. Elle articule observation, analyse, expérimentation et co-construction. L’objectif est autant de comprendre une situation que de contribuer à sa transformation.
On ne comprend vraiment une situation qu’en y prenant part, et on ne la transforme durablement qu’en la comprenant.
2. Les principes fondamentaux
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Co-élaboration : les personnes concernées participent à toutes les étapes du processus.
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Ancrage contextuel : les démarches prennent appui sur des situations concrètes, situées dans un territoire ou une organisation.
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Double finalité : produire de la connaissance et produire du changement.
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Allers-retours constants : la théorie éclaire la pratique, la pratique interroge la théorie.
3. Un ancrage historique pluriel
La recherche-action a été formalisée par Kurt Lewin dans les années 1940, mais ses racines sont multiples. Elle s’inscrit dans des traditions variées :
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Pédagogies critiques (Paulo Freire)
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Éducation populaire et animation socioculturelle
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Pratiques coopératives et communautaires
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Mouvements féministes, décoloniaux, autochtones
Elle a évolué au fil du temps pour devenir un outil d’analyse critique et d’émancipation collective.
4. Intérêt contemporain de la recherche-action
Dans un contexte de transitions sociales, environnementales et institutionnelles, la recherche-action :
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Favorise l’implication directe des acteurs concernés.
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Encourage l’expérimentation locale et l’innovation sociale.
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Produit des connaissances actionnables et contextualisées.
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Crée du lien entre disciplines, pratiques, mondes académique et non-académique.
5. Limites et vigilance
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Temps long : nécessite disponibilité, confiance et engagement durable.
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Positionnement hybride : brouille les rôles entre chercheur·se, praticien·ne et habitant·e.
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Reconnaissance partielle : parfois mal comprise dans les circuits académiques classiques.
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Risque de circularité : danger de valider trop rapidement ce que l’on a soi-même mis en place.
6. Enjeux méthodologiques et éthiques
La recherche-action demande :
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Une posture réflexive : être capable de questionner sa propre place dans le processus.
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Une transparence des intentions : clarifier les objectifs, les responsabilités, les méthodes.
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Une traçabilité des étapes : documenter les choix, les données, les apprentissages.
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Une attention aux asymétries : pouvoir, langage, accès aux ressources.
7. La recherche-action menée par MDIY
MDIY – Makers d’Ivry expérimente une recherche-action ancrée dans la fabrication citoyenne, le surcyclage, la coopération numérique et les communs. Cette démarche est structurée autour de plusieurs axes :
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Co-construction d’espaces partagés (makerspaces, fablabs, brikacorners, ateliers) pensés comme des lieux ouverts de fabrication, d’apprentissage et de transmission, en lien direct avec les dynamiques locales de réemploi, de surcyclage (upcycling) et de coopération citoyenne.
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Expérimentation d’outils numériques mutualisés au sein de l’ESS.
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Documentation ouverte des processus, outils et apprentissages.
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Déploiement de BrikaTheGame comme moteur ludique de coopération et d’engagement citoyen.
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Création et test d’une IA éthique et locale (Brikabrain) au service des collectifs et des territoires.
Cette recherche-action est située, transversale et orientée vers la création de communs reproductibles. Elle articule technologie, écologie, pratiques populaires et éthique du faire ensemble.
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En conclusion : une démarche transformatrice
La recherche-action est à la fois une méthode et une posture. Elle invite à produire du savoir en agissant, et à agir en s’appuyant sur du savoir partagé. Elle repose sur une éthique de la participation, du dialogue et de la transformation progressive des situations étudiées.
Dans un monde en quête de cohérence, elle représente une voie possible pour réconcilier savoirs, pratiques et engagements collectifs.